La nudité de l'esprit.

La nudité de l'esprit.

Séduction d'un vertige !

 

 

 

 

 

 

Tel un esclave prévenant, il exile la notion du temps. Dans son royaume de verre, il chavire sa dulcinée sous des flots de pacotilles. Lui fait vivre l'espace d'un printemps l'euphorie d'une extase suprême. Le jour j, quelle apothéose émerge de sa corolle un Apollon baignant dans un nectar charnel. Miroitent autour d'elle les plus beaux diamants du monde, plus fort que tous les mots, les larmes de la conscience de son époux. Car ça ne pleurniche pas un homme, ça pleure. Ses yeux sont des écrins, ses larmes des rubis. Il est là, ce petit être dénudé de tout apparat, vêtu seulement de l'étoffe du bonheur. Premier enfant, premier soleil, ce papa vénère cet astre, fasciné par la grâce de ses gestes imparfaits. Préoccupé, l'épée Damoclès lui déchiquette le poitrail, il porte sa croix. La gorge serrée, sa salive s'éparpille. Ses paroles s'entremêlent, se coagulent sur sa langue, il bafouille. Il vacille sous le joug du rôle de protecteur. Sa paternité lui procure la sensation d'un roi céleste. S'élève dans sa tête, la voix de son père défunt. Se réincarne en lui la photo jaunie d'un passé meurtrier.

 

 

  Il voudrait exhumer son père, violer la sépulture familiale, enfouir ses mains dans cette terre fade, granitique, tamiser grain après grain chaque centimètre pour déceler un infime fragment osseux de ses racines. Il veut sentir vibrer sous ses doigts les nobles sentiments tissés par les liens du sang. Il n'a pas eu le temps de savourer la caresse d'une main rêche sur sa joue docile.

 

  Cet effleurement l'intrigue, ses yeux fébriles s'extasient devant ce qui lui semble un mirage. Déboulent devant lui des flashs ininterrompus, Anaïs se trouve là, tout prêt de son corps encore ruisselant des escarmouches de Morphée. Elle est vêtue d'une robe en satin de couleur pourpre. Le reflet du soleil fait naître dans sa chevelure ombrée, mille étoiles éphémères qui se meurent en silence. Sa peau délicate libère un parfum captivant. Lou envoûté divague, voyage dans un monde étrange, se perd dans son cosmos. Il voudrait entrecroiser l'horizon, mélanger la raison et la déraison pour goûter à ses saveurs qui n'appartiennent à personne.

 

Dans son délire bercé de tendres instants en suspens, il s'enivre d'un breuvage insolite. Les palpitations de son cœur tambourinent le son angoissant du cri du présent. Petit tambour s'en va à la guerre bravant le souffle du temps, guettant une accalmie pour poser le poids de son trop plein d'émotions. Aucun fard, aucun voile, la réalité est là bien là.            

 

   

 

Il faut l'affronter, s'agripper au moindre branchage même dénudé, ne pas jouer l'aveugle mais s'enrichir d'une certaine manière de ces moments au goût violent de la vie. Désencombré de cette peur sauvage, Lou accepte la présence d'Anaïs. Il se délecte en apercevant son corsage si sensuel. Dans son décolleté enjôleur deux fruits à peine mûrs demandent impunément la fuite de ce corps de vierge.

 

 

 

Lou gisait sur le sol, le regard effaré, une traînée rouge coulait de sa narine droite. Sa tête penchée en arrière semblait caresser ce morceau de mur devenu assommoir. Franki le bourgeois du samedi soir invoquait dans son jargon je ne sais quel Dieu. Ce lâche échoué côte à côte de Lou déposait à ses pieds sa vie à nu.

 

  

Pendant trois semaines, Lou reste muet et sourd aux appels plaintifs d'Anaïs. Tout au long de ces phrases et de ces mots qui parfois s'envolent sans jamais se poser, un amour se meurt comme tant d'autres dans l'obscure mer de la vie.

Indifférent au monde extérieur, prisonnier entre son présent et son passé, Lou se dit qu'il aurait pu aider son oncle mais à huit ans, la tête d'un enfant est trop petite pour loger ces choses là. Pour protéger l'image de marque de Frank, il ne lui reste plus qu'à essayer de contrer d'éventuelles pensées malsaines qui pourraient chatouiller l'esprit de certains.

Il voudrait frapper le destin, cogner à la forteresse du futur et entrevoir par cette porte entrebâillée un peu d'espoir. Le temps apaise seulement les plaies et à présent navigue encore dans la conscience de Lou une image tremblante.

Sa tête se décompose, rêverie d'autrefois, dernier désir. Pénitent du temps, Lou ne sait plus quoi vivre parce qu'il ne sait pas, il ne sait plus ou parce qu'il sait trop.

 

 

 

 

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17/07/2011
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